Edito juillet 2007 :
L'argent du beurre
La
presse généraliste multiplie ces derniers temps les articles sur la hausse des
prix des produits agricoles, soulignant ainsi le caractère exceptionnel de la
situation. La baisse continuelle des matières premières agricoles était loin de
faire la Une des journaux, d’autant que les consommateurs n’avaient pas le
sentiment d’en être bénéficiaires. La baguette ou le camembert ne suivaient pas,
il est vrai, la même pente que celle des céréales ou du
lait.
Se
nourrir dans nos pays développés est devenu une affaire banale. On ne fait
généralement plus le lien entre le produit déposé dans le caddie et les hommes
et les femmes qui labourent, cultivent, ou traient les vaches. Encore moins
entre le prix dudit produit et celui des matières
premières.
Il
est temps de resituer l’agriculture dans sa mission première, celle de
l’alimentaire, même si nous militons aussi pour lui attribuer bien d’autres
rôles, énergie verte, aménagement du territoire,
entretien
de l’espace, ciment du tissu rural, etc…
Si
le monde a un besoin vital de l’agriculture, les agriculteurs ont besoin de
vivre par les prix de vente de leur production. Chacun commence à se rendre
compte que la baisse du prix du lait a clairement contribué au désengagement de
certains éleveurs. Et chacun se rend compte que lorsqu’un producteur de lait
cesse son activité, cette décision est irréversible.
Aujourd’hui
les marchés laitiers se tendent du fait d’une demande grandissante à laquelle
répond une production plutôt en décroissance. Il est donc grand temps de recaler
les choses et que les producteurs de lait retrouvent un intérêt à leur métier
par un prix plus juste et équitable.
Les
indicateurs économiques sont au vert, et le prix du lait devrait progressivement
s’améliorer pour faire face à des charges qui augmentent régulièrement et qui
sont en train de faire un nouveau bond important. Le 10 juillet prochain, la
filière doit se rencontrer pour établir la recommandation d’évolution du prix du
lait pour le prochain trimestre. La responsabilité et la crédibilité des
entreprises de transformation sont en jeu. Tout dérapage ne pourra être que le
signe d’une totale rupture dans les relations qui nous lient pourtant depuis
toujours. Quant à la fameuse flexibilité additionnelle, rappelons que celle-ci a
été
mise en place pour permettre aux entreprises davantage engagées dans les
produits industriels de tenir le coup face à la réforme de la PAC. Aujourd’hui,
les cours de ces produits sont à des niveaux qui n’ont rien à voir avec les
conséquences prévisibles de cette réforme et la valorisation beurre-poudre
dépasse largement le prix du lait à la production. Il apparait donc évident que
cet outil doit être remis dans sa boîte. La FNPL a su prendre ses
responsabilités face aux difficultés que rencontrait la filière en son temps,
elle attend maintenant une attitude similaire de la
part des Fédérations de transformateurs.
Thierry Roquefeuil
Secrétaire Général de la FNPL