Comment exploiter la crise laitière pour diviser les
producteurs et les entrainer dans le mur ?
(juin
2009)
Depuis quelques temps des réunions sont
organisées sur le terrain par des individus qui se présentent sous plusieurs
étiquettes et en particulier l’EMB (European Milk Board), organisation
constituée de syndicats agricoles minoritaires de certains pays
européens.
Celle-ci est surtout active en
Allemagne, avec à l’origine un syndicat, le BDM (Bundsverband Deutscher
Milchviehhalter) organisation dissidente du DBV, la FNSEA allemande.
(Suite) En France, l’OPL, branche laitière dela Coordination
Rurale, est adhérente de l’EMB avec une nouvelle structure
récemment créée, l’APLI (l’organisation producteurs de lait
indépendants).
L’activisme actuel de ces organisations est motivé par un seul
objectif : casser le syndicalisme unitaire.
Elles sont particulièrement dangereuses pour les producteurs de lait
français car elles exploitent les difficultés actuelles pour diviser à une
période où il est plus que nécessaire d’avoir de vrais projets et de construire
ensemble l’avenir dans un monde de plus en plus
dérégulés.
Pour arriver à leur fin, elles utilisent
toute la panoplie populiste, y compris des mensonges et des attaques
personnelles en caricaturant le travail que nous accomplissons jour après jours,
depuis des dizaines d’années, en tant que responsables professionnels. Il est
justement de notre responsabilité d’expliquer aux éleveurs les dangers de ces
discours simplistes qui pourraient les entrainer dans le
mur.
L’enjeu est important pour l’avenir des
éleveurs, il n’est cependant pas toujours aisé d’expliquer les tenants et
aboutissants de problèmes complexes face à des propos caricaturaux dont les
messages réducteurs peuvent faire écho.
Leur discours est pourtant plus que
simple. Il consiste à réclamer un prix à 400 euros par la grève du
lait.
Faire comme au Canada…
Comment ne pas adhérer à la promesse
d’un prix à 400 euros ? On nous cite d’ailleurs l’exemple du Canada, sans
expliquer que la transposition à la France et l’Europe est parfaitement
impossible. Le Canada bénéficie d’une organisation totalement administrée et
encadrée par des lois datant des années 1960. Contrairement à l’orientation
libérale du pays, c’est une forteresse laitière calée sur l’autosuffisance (les
exportations et les importations sont marginales) qui produit 7,5 millions de
tonnes de lait pour son seul marché intérieur. Peut-on imaginer que
l’administration française et européenne confie par la loi les pleins pouvoirs
d’encadrement du secteur à la FNPL (ce qui est le cas au Canada) ? Peut-on
imaginer que la France, qui produit 24 millions de tonnes de lait et en exporte
plus du tiers, revienne à l’autosuffisance ? Dans ce cas, il faudra
produire au maximum 70% de notre collecte, et donc réduire d’un tiers au moins
le nombre de producteurs. Il faudrait, qui plus est, fermer totalement les
frontières de l’hexagone. Une légère entaille dans la construction
européenne…
Faire la grève du lait…
Le seul moyen présenté comme étant le
remède à tous les maux du secteur est la grève des livraisons. On se souvient
encore, pour les plus anciens d’entre nous, de la grève du lait des années 1970
en France. Une formidable arme pour…diviser les producteurs. Cette action
syndicale est sensée permettre un redressement durable du prix pour atteindre le
niveau mythique de 400 euros. On fait croire aux éleveurs que c’est possible et
l’on cite encore un exemple de complète réussite : la grève organisée en
Allemagne fin-mai 2008. On cite les chiffres totalement faux qui font de cette
action une remontée formidable du prix de 250 à 400 euros. Qu’en est-il
exactement ? La dernière semaine de mai et la première semaine de juin, les
producteurs de lait allemands ont produit 30% de lait en moins, ce qui est
effectivement considérable. En mai 2008, le prix moyen en Allemagne était de 330
euros pour 1000
litres. Sans pouvoir établir une véritable corrélation
avec la grève du lait, il a augmenté de 3 euros/1000 l en juin (+ 1%) et de 6
euros/1000 l (+2%) en juillet, puis est reparti constamment à la baisse depuis
septembre 2008. Ces données proviennent bien entendu de sources totalement
officielles et ne viennent pas de paroles qui n’engagent que ceux qui les
écoutent..
Bien sûr, les mêmes fustigent le travail syndical accompli par la FNPL,
les Fédérations et les dizaines de milliers de producteurs qui se mobilisent.
Sur leur site, on peut lire: « Il ne sert à rien
d’aller gesticuler devant les laiteries ou les grandes surfaces ». Si les
négociations interprofessionnelles sont souvent critiquées, là aussi les
chiffres sont tenaces. Il suffit de regarder les prix en France et en Allemagne
depuis juin 2008, date de la grève du lait chez nos amis d’outre
Rhin.
L’Europe peut tout régler…
Face à nos « gesticulation »
française, on nous oppose le salut européen. L’analyse de la crise actuelle peut
nous rejoindre un instant. La réforme de 2003 nous a plongés dans la
dérégulation des marchés, ce qui a conduit à la forte hausse des prix en
2007-2008 et à la chute vertigineuse depuis fin 2008. On ne peut cependant faire
croire aux producteurs de lait que les gouvernements européens reviendront sur
leurs décisions prises à l’unanimité. La voie est malheureusement tracée par les
Pouvoirs Publics. Les récents sommets européens, malgré la crise historique que
traverse notre secteur, n’ont pas bougé une seule virgule au processus de
réforme.
Nous avons toujours défendu le principe
d’une maitrise de l’offre en adéquation avec la demande, et ce, bien avant que
certains donneurs de leçons qui ne sont pas pourtant à une contradiction près.
Doit-on rappeler qu’en 2008, les représentants de la
Coordination Rurale
avaient demandé l’annulation du système des pénalités basé sur une taxe
française ? Le système français que nous avions mis au point est l’un des
plus performant en Europe et le moins couteux (pas de vente ni de location de
quotas alors que c’est la règle partout en Europe).
Nous l’avons toujours dit, un système de
maitrise de la production doit aller de paire avec un soutien des
prix.
Nous nous battrons pour maintenir et
améliorer la performance des outils restant tels que l’intervention. Mais on ne
peut leurrer les producteurs, l’Europe ne reviendra pas sur sa logique, ni sur
la fin des quotas.
C’est pourquoi, nous devons nous prendre
en main. Nous avons un immense chantier à construire pour organiser la
production et la filière laitière. Personne ne le fera à notre
place.
La FNPL s’est engagée à fonds dans un ce
programme de construction d’un avenir pour les éleveurs laitiers français. Un
avenir qui s’articule sur la valorisation intérieure, un nouveau relationnel
avec les entreprises où s’intègreraient les prix et les volumes, une
organisation collective des producteurs, …
Pour construire cela, nous avons besoin
de tous, d’un syndicalisme fort et unitaire. Que les éleveurs ne se méprennent
pas. Les discours simplistes proférés par certains ne pourrons mener qu’à la
division et à la destruction de ce que nous avons contribué à construire depuis
de longues années et de tout ce que nous avons à construire ensemble : une
organisation professionnelle qui pèse dans les débats et une filière française
forte.