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  Interview Henri Brichart - PleinChamp 08/09/09


Vu dans la presse…

 

Interview d’Henri Brichart, président de la FNPL, à PleinChamp.com

 

«La grève du lait, c'est une formidable machine à monter les gens les uns contre les autres»

(08/09/09) 

   

 

Alors que l'idée d'une grève du lait fait son chemin dans les campagnes, Henri Brichart explique pourquoi la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) est CONTRE la grève mais POUR la contractualisation et comment elle pense agir pour aider les éleveurs à sortir de l'impasse.

 

***

 

Quelle est clairement la position de la FNPL sur ce type de mouvement ?

 

Henri Brichart : La grève du lait n'est pas un acte anodin. Jeter sa production, jeter le fruit de son travail, est un geste qui ressemble à de la désespérance ; c'est la raison pour laquelle, demander à des producteurs de le faire est une responsabilité terrible et j'espère que ceux qui la préconise en ont bien mesuré tous les tenants et les aboutissants. En dehors de l'aspect psychologique, jeter son lait, c'est d'abord se priver d'une partie de la recette de son exploitation. Dans la période très compliquée que nous traversons, elle peut fragiliser des situations financières déjà très tendues.

 

La grève du lait, on l'a vu en Allemagne l'année dernière et chez nous il y a plus de 30 ans, c'est également une formidable machine à monter les gens les uns contre les autres : entre ceux qui feront le choix de s'y lancer et ceux, qui pour des raisons tout aussi défendables, ne la feront pas, se créeront des animosités et parfois des haines qui laisseront des traces sur le terrain. Allez-vous promener en Allemagne et questionnez les agriculteurs, vous verrez !

Mais la question essentielle à se poser est : une grève pour obtenir QUOI ? L'objectif recherché par l'EMB est la mise en place d'un système de quota flexible au niveau européen, c'est à dire des quotas dont on ferait varier le niveau en fonction du marché. Cette notion peut paraître séduisante, la FNPL y avait déjà réfléchi au début des années 2000, lors de la préparation de la réforme de la PAC 2003. Mais cette idée est complément irréaliste.

 

D'abord d'un point de vue technique, car la lourdeur de l'industrie de production laitière et la complexité des marchés laitiers font que les simples variations de la production ne sauront apporter la flexibilité nécessaire. C'est pour cela que le système qui a fonctionné pendant plus de 20 ans en Europe, est un système basé sur deux piliers : des quotas pour maîtriser la production et des outils de régulation pour stocker ou écouler quand l'équilibre ne se fait pas.

 

Irréaliste ensuite, politiquement. La décision de supprimer les quotas en 2015 a été prise à 3 reprises, à l'unanimité des États-membres. Elle s'inscrit dans une ligne politique concernant l'ensemble des productions qui n'a pas bougé d'un iota depuis 1992. Même à l'automne dernier, en pleine crise financière et économique, les ministres n'ont pas tremblé.

 

Vouloir, à intervalle régulier, mettre d'accord les 27 États-membres sur un niveau de quota, avec des ministres anglais ou danois très libéraux, un Italien qui ne trouve pas normal de devoir importer son lait, un Polonais qui considère que son pays n'a pas eu son dû lors de son entrée dans l'UE ou un Français qui réclamerait une baisse de production... ça ne peut pas fonctionner ! Ces visions, très divergentes, on les trouve également au niveau des agriculteurs. Dans la majorité des pays européens, Allemagne y compris, la majorité des producteurs ne suivra pas la grève.

 

Pour toutes ces raisons, la FNPL et la FNSEA sont contre ce type de mouvement.

 

***

 

La Confédération paysanne est, contrairement à vous, très critique sur le projet de contractualisation. Quels sont vos arguments et comment éviter «l'intégration », redoutée par les éleveurs ?

 

 

H.B. : Le débat sur la contractualisation a été mal lancé. D'abord, la contractualisation n'est pas une alternative au système de quota. Même dans la période qui nous mènera à la date de la fin des quotas, il est indispensable que les producteurs clarifient leurs relations avec les industriels.

 

Pour la plupart des producteurs de lait, le contrat écrit n'existe pas ou reste très succinct. Nous livrons notre lait et nulle part n'est prévu, ni écrit, comment sera déterminé le prix. Est-ce normal ? Ce système ne mérite-t-il pas d'être modifié ? Demain, le secteur laitier sera de moins en moins administré par la puissance publique et il est donc important de savoir dans quelles conditions se feront les relations entre producteurs et entreprises.

 

Ne pas vouloir parler de contractualisation, ne pas vouloir prendre sa part dans la réflexion, c'est laisser le champ libre aux entreprises laitières et recommencer la même erreur qu'en 1984 quand nous avons refusé de parler gestion des quotas. Si les producteurs sont absents de ce débat, il se fera sans eux et c'est à ce moment là que l'on pourra parler d'intégration.

 

Pour éviter cette intégration, nous comptons aussi sur les pouvoirs publics : ils ont fait le choix de moins s'occuper des marchés, ils doivent, en contrepartie, veiller à ce que cette nouvelle relation entre producteurs et industriels se fasse de manière équilibrée. Les producteurs de lait sont en dépendance économiquement forte vis à vis des entreprises qui transforment leur lait. Nous démarrons donc des discussions dans une position difficile avec, en plus, un marché du lait qui n'est pas porteur à court terme. A l'État de veiller au bon équilibre des discussions et à ce que les intérêts des différentes parties puissent être préservés.

 

 

Dans ce débat, l'interprofession doit aussi jouer un rôle central et nous défendons la mise en place d'une commission d'examen et d'un «guide de bonnes pratiques contractuelles». Cette contractualisation ne peut se faire individuellement. Le rôle des organisations de producteurs va s'amplifier. Nous allons prendre l'initiative de réunir l'ensemble des groupements en face de chaque entreprise pour faire le point sur ce sujet très sensible et coordonner nos réflexions.

 

***

 

Quelle issue voyez-vous à cette crise ? Quelles sont vos principales revendications et propositions ?

 

 

H.B. : Si cette crise est si dure, c'est qu'elle a des causes d'ordre conjoncturel et structurel. Pour s'en sortir, il faut agir sur les deux tableaux.

 

Sur le conjoncturel, nous sommes sous le régime des quotas jusqu'en 2015. Il convient donc que l'UE fasse en sorte que le système fonctionne jusqu'à cette date. Les augmentations de quotas ne sont pas réclamées par les marchés et c'est là une erreur d'analyse de la Commission. Qu'elle en prenne acte et qu'elle revienne sur sa position ! Les quotas marchaient parce qu'il y avait des outils de régulation complémentaires. Bruxelles les a affaiblis. A elle de les rendre plus efficients, en particulier autour de l'intervention et de l'aide à l'écoulement sur le marché intérieur.

 

La période est extrêmement difficile pour les producteurs, en particulier à cause du choix de la dérégulation fait pas les États-membres dont la France. Ils doivent nous accompagner à passer ce cap difficile, d'une part par des mesures financières (année blanche pour les cotisations), d'autre part en réduisant nos charges. Il faut accorder un délai aux producteurs devant terminer leurs travaux de mise aux normes pour la fin de l'année et accorder un dégrèvement sur la taxe pour le foncier non bâti.

 

Le conjoncturel, c'est aussi le décalage entre le prix du lait payé en France et dans les autres pays européens (40 à 50 €/1.000 litres de plus en moyenne sur l'année par rapport à l'Allemagne). Cet écart crée un appel d'air de produits étrangers dont le prix de revient est plus faible.

 

La FNPL a donc pris l'initiative de déposer un logo qu'elle va proposer aux entreprises et à la grande distribution afin de permettre aux consommateurs de faire ses achats en toute connaissance de cause.

 

Sur le structurel, l'essentiel du travail repose sur ce nouveau relationnel établi entre producteurs et entreprises mais aussi sur l'organisation des producteurs. Comment faire pour que les producteurs ne deviennent pas concurrents entre eux et pour que le rapport de force avec le monde de la transformation ne se fasse pas en notre défaveur ? C'est un chantier immense sur lequel nous travaillons depuis de longs mois.

 

La crise ne se résoudra pas d'un coup de baguette magique. La FNPL s'est toujours inscrite dans une démarche responsable, elle n'a jamais cru aux «Y'a qu'à, faut qu'on». Elle poursuit son travail qui doit permettre aux producteurs d'espérer en l'avenir malgré l'extrême difficulté de la situation actuelle.

 

Propos recueillis par Sophie Caron

 

 



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