Le signataire de l'accord sur le lait s'explique -
Source :
Ouest-France -
Samedi 27 juin
2009
Pris dans la tourmente, contesté par une partie
des producteurs, le président du Centre national interprofessionnel de
l'économie laitière dessine des pistes pour sortir de la crise.
Entretien : Henri Brichart
Producteur de lait dans l'Aisne, président de la Fédération
nationale des producteurs de lait (FNPL), président du Centre national
interprofessionnel de l'économie laitière (Cniel). Négociateur et signataire de
l'accord sur le prix du lait du 3 juin.
Que dites-vous
aux producteurs qui contestent l'accord sur le prix du
lait ?
C'est vrai, cet accord ne résout pas le problème de revenu des
producteurs. Mais il était indispensable : il comble un vide, il fixe un
cadre. Sans accord, chaque entreprise aurait appliqué son propre prix. On serait
plus de quarante euros en dessous du prix actuel. La réalité, c'est que
30 % du lait produit en France se valorise en produits industriels à
180 € la tonne.
La solution
passe-t-elle par une politique européenne laitière axée sur la maîtrise de la
production ?
Bruxelles n'a plus envie de s'occuper des marchés. La gestion
administrative des quotas ne tient plus la route : l'Union européenne est
en sous-réalisation, ce qui n'empêche pas le déséquilibre des marchés. La
puissance publique ne veut plus assumer financièrement le décalage entre le
marché européen et le marché mondial pour les 30 % de produits industriels.
C'est une réforme signée par les 27 États membres. Je ne vois aucune remise en
question de cette fin programmée de la régulation publique. Ceux qui pensent
qu'on peut revenir en arrière se mettent la tête dans le sable avec le risque de
payer les pots cassés dans trois ou quatre ans.
Comment sortir
de l'impasse ?
La grande question pour la filière laitière c'est : quelle
production, pour quel prix ? Jusqu'à présent, on produit le quota attribué
par l'administration. Demain, il faudra produire en phase avec les besoins des
entreprises, à un prix qui convienne aux producteurs. L'accord donne mission à
l'interprofession d'ouvrir le chantier de la contractualisation. Je n'ai pas
peur du mot : entre un fournisseur et son client, il y a toujours un
contrat tacite. Il faut que les producteurs s'organisent sous forme de
groupements ou d'associations, à l'échelle d'une région ou d'un bassin laitier
en allant plus loin que la zone de collecte rattachée à une entreprise.
Syndicalement, on ne peut pas accepter que, dans le même village, un producteur
touche 200 €, l'autre 300 € parce que l'un livre à une entreprise qui
transforme des produits de grande consommation et l'autre une entreprise qui
fabrique du beurre et de la poudre. Il doit y avoir une forme de mutualisation
pour que les producteurs ne soient pas concurrents entre eux.
Quelle
production pour quel prix ? Pouvez-vous préciser ?
Il y a deux marchés du lait : les produits industriels,
marché d'excédents sur lequel les entreprises subissent la volatilité des cours
mondiaux ; les produits de grande consommation valorisés sur le marché
européen sur lequel les transformateurs ont davantage la main. Le marché
intérieur doit vivre sa vie sans être à la remorque du marché mondial. La
coopération avance l'idée de quotas A pour le marché intérieur avec un prix
rémunérateur, et B correspondant à un marché mondial d'excédents avec un prix
inférieur au prix de revient. Faut-il séparer ou pas ces deux marchés ? La
FNPL n'a pas encore tranché. Je suis prêt à y aller si on se met d'accord sur un
volume et un prix. Cela redonnerait du sens au lait qui sort de nos
exploitations.
Recueilli par Xavier
BONNARDEL.