Cedilac-Candia va mal. La filiale du groupe
Sodiaal dédiée aux laits de consommation perd tous les mois 2,5 millions d'euros
aux dires de Marcel Herbet, président de l'Union régionale Sully. Et cela dure
depuis l'automne 2004. La guerre des parts de marchés qui agite ce secteur suite
à l'effet domino engendré par la réforme de la PAC qui provoque la baisse des
produits industriels beurre-poudre affaiblit considérablement le leader du
marché. Sur les 2,3 milliards de litres collectés par le groupe auxquels il
convient d'ajouter 500 millions de litres travaillés en partenariat, 1,6
milliards sont transformés en laits de consommation. Dans ces conditions la
mesure prise par les dirigeants du groupe consistant à consolider les comptes de
Cedilac par un ajustement négatif de 3 euros sur les laits livrés en 2004 par
les adhérents de la coopérative apparaissait comme approprié. Mais en dehors
d'un cadre interprofessionnel,cela change tout.
En effet, les entreprises concurrentes de
Sodiaal, voient dans cette mesure un avantage concurrentiel inacceptable et le
principal concurrent de Cedilac, Lactalis, première entreprise laitière de
France, souhaite appliquer une baisse équivalente sur les prix pratiqués en
2005. L'accord interprofessionel sur la fixation du prix du lait s'en trouve une
nouvelle fois remis en cause. Cette situation alarmante, pour l'évolution du
prix du lait à la production dans les prochains mois, ne pouvait laisser les
responsables professionnels sans réagir. C'est pourquoi Philippe Mabille,
président de l'Uplp, et Jean-Michel Serres, président de la Fdsea, ont provoqué
une rencontre le 19 mai, avec les responsables régionaux de Sodiaal, dont Marcel
Herbet et Patrick Doremus, président d'Elnor, ainsi que d'autres responsables de
la région.
Une
restructuration nécessaire
Faisant état de l'avancement
des contacts entre familles professionnelles nationales (Fnpl, Fncl et Fnil),
ceux-ci ont montré un relatif optimisme. Il y a certainement eu des maladresses
commises et un échange de communiqués incendiaires. La coopération devait
renouveler son équipe de négociateurs. Les enjeux des prochaines négociations
seront la prise en compte d'un ajustement PGC plus réactif et l'adoption d'un
dispositif de sortie de crise. Dans le même temps, Sodiaal rencontrait le
ministère afin de faire valoir une problématique particulière liée à la collecte
de lait dans des régions à faible densité laitière qui occasionnent des surcoûts
évalués à 7 ou 8 euros par 1000 l. Environ 1 milliard de litres de lait
collectés, dans l'est de la France notamment, relèvent de cette problématique.
Le ministre devait interroger la commission sur la possibilité d'octroi d'une
compensation. Marcel Herbet et Patrick Dorémus admettent volontiers que le
problème de Sodiaal est bien structurel. La restructuration est en route mais
dans un tel groupe, les aspects humains, passent souvent avant les
nécessités industrielles et les bonnes décisions mettent plus de temps à se
mettre en œuvre.
Cela étant, tout le monde est
convaincu de la nécessité de reprendre un dialogue interprofessionnel. Seul
garant d'une préservation du prix du lait à la production. Les responsables
syndicaux pressent d'ailleurs Marcel Herbet et Patrick Doremus de faire intégrer
à leurs entreprises les grilles de paiement régionales, ce que Elnor et Sully ne
se refusent pas à faire.
En filigrane de cette réunion, ce sont les rapports
syndicalisme-coopération qui étaient également sous entendus. Les coopératives
ne sont pas des entreprises comme les autres...
Michel Wibart
Participaient à la réunion :
Marcel Herbet, Patrick Doremus Régis Bizet pour
Sodiaal, Philippe Mabille, Dominique Dengreville, Bertrande Florin, Vincent
Démarest, Régis Philippe, Jean-Paul Cauët pour l'UPLP, François Leblanc (62),
Philippe Cartiaux (59), Noël Loire (60) administrateurs de la Fnpl, Alain Gille
et Maurice-Henry Gobaille, présidents des producteurs de lait de l'Oise et de
l'Aisne, Jean-Michel Serres et Christophe Buisset pour la Fdsea de la Somme,
Vincent Trouart pour les Jeunes
Agriculteurs