Philippe Gribauval est à la tête de la ferme du
lycée agricole du Paraclet depuis 1990. "La ferme, qui fait partie
intégrante du lycée est un outil de développement et de pédagogie",
explique-t-il. Dès son arrivée, son but a été de sensibiliser les élèves,
qui sont les agriculteurs de demain, aux bonnes pratiques
agro-environnementales.
Pour cela, Philippe Gribauval met en place une
approche de conduite économique du blé (1992), puis la ferme devient
agri-environnementale (1993) et en 2000, il signe un CTE.
Aujourd'hui, son nouveau challenge est la mise en
place du "chemin de l'agriculture durable".
Dix années auront été nécessaires pour permettre
à ce projet de voir le jour.
Situé non loin d'Amiens, le Paraclet est entouré
de bois. Ceux-ci attirent les citadins qui viennent s'y promener, courir, faire
du vélo, de la moto ou encore monter à cheval. "Le but du "chemin
d'agriculture durable" est de faire comprendre que la campagne
appartient à tout le monde et que la protection de notre patrimoine est un
travail collectif que l'on soit de la ville ou de la campagne", précise Philippe
Gribauval.
"Qu'est-ce que
l'agriculture durable ? C'est une agriculture qui doit répondre à un besoin
présent sans compromettre le développement des générations futures. Cela passe
par le respect de l'environnement et la gestion de l'espace au profit de tous ;
un approvisionnement en produit alimentaire de qualité, en quantité suffisante,
la conservation du patrimoine sol et enfin, un revenu décent pour
l'agriculteur",
définit le responsable de la ferme.
Ce "chemin de l'agriculture durable" permet de
montrer au travers d'une promenade les aménagements et les pratiques agricoles
de l'exploitation. La promenade est ponctuée d'étapes avec des explications.
La conservation des races
Il s'agit de préserver un
patrimoine vivant et la gestion de l'espace naturel par le pastoralisme. Ces
animaux sont mis en valeur dans des concours ou en attelage. Des races locales à
faibles effectifs : vaches rouges Flamandes, vaches Nantaises, chevaux Trait du
nord et Boulonnais, ont été réintroduites dans les 70 hectares de prairie
humides qui ont tendance à se reboiser. Le conservatoire national des sites
naturels a apporté son aide dans le cadre de son action visant à faire retrouver
à la Vallée de la Somme son paysage d'antan.
Les jachères
faunistiques, les bandes-abris et les cultures
intermédiaires
Ces jachères sont en gel
pertinent, permanentes. Ce sont des lieux de quiétude, propices pour la nourriture
et la reproduction de la faune sauvage. Elles constituent une zone tampon entre
le bois et les cultures, ce qui permet d'augmenter la biodiversité et d'attirer
les insectes pollinisateurs. Elles sont composées de trèfles incarnat, de
phacélie et de seigle forestier.
Les bandes abris se situent au milieu des
parcelles. C'est un corridor biologique, qui sert de réserve au
gibier. Ces bandes ralentissent l'érosion et fixent les substances
actives des produits de traitement. Les cultures intermédiaires améliorent la
porosité et la structure du sol, limite le lessivage des nitrates ainsi que le
ruissellement.
2,3 kilomètres de haies
Ces haies sont des clôtures naturelles utiles
pour abriter et nourrir la faune. Elles permettent également de protéger du
vent, d'intercepter les dérives de pulvérisation. Enfin, elles améliorent le
paysage. Les promeneurs, tout comme la faune, apprécient les fruits et les baies
qu'ils trouvent sur les arbustes composant ces haies.
123 variétés
anciennes de pommes à cidre
Les deux
vergers comportent des pommiers (pommes à couteau et à cidre) qui mesurent
environ 1,50 mètres. Ils sont pâturés par les vaches. Situés à flanc de coteau,
ces vergers sont difficilement mécanisables. Ce sont donc des élèves du lycée
qui viennent faire la cueillette manuellement et l'argent gagné leur permet
d'organiser leur voyage annuel. Les pommes servent à la fabrication d'un cidre
agro-bio commercialisé.
Au niveau financier, "l'exploitation
ne roule pas sur l'or, mais est loin d'être en faillite !",
explique Philippe Gribauval. "Je trouve anormal que les
chemins de plaine soient réduits ; si on veut que la société soit en accord avec
les paysans, il faut que ceux-ci fassent des efforts. L'image d'une ferme
pédagogique en bordure de ville est très importante, il faut éduquer les
collectivités à cohabiter ensemble". Et de conclure enfin,
"la morale de cette histoire est AVENIR : agriculture volontairement
environnementale innovatrice et responsable".
Fanny Demalle

Des races locales ont été réintroduites
comme les vaches Nantaises qui paturent dans les vergers ou dans les prairies
humides. 123 variétés anciennes de pommiers à cidre ont été plantées dans les
vergers à flanc de coteau. La récolte est effectuée par des élèves du lycée qui
organisent avec l'argent gagné , un voyage d'étude chaque année