"L'actualité agricole européenne, avec sa
nouvelle PAC, ses baisses de prix, sa politique ultra libérale associée à une
complexité administrative sans précédent, inquiète beaucoup les agriculteurs. Le
terrain est triste...".
C'est en ces termes peu engageants que Marcel Herbet, éleveur
laitier à Grandcourt près d'Albert, accueillait mardi 1er juin dans sa ferme
quelques ténors de l'UDF venus échanger avec des responsables professionnels de
la Somme sur la politique agricole européenne. Et ce bien entendu dans le cadre
de la campagne pour les élections européennes du 13 juin. Jean-Louis Bourlanges,
député européen sortant et tête de liste UDF pour la circonscription Nord-Ouest
(Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Haute et Basse Normandie) était accompagné de
Brigitte Fourré, maire d'Amiens et numéro deux sur la liste UDF ainsi que Marcel
Deneux, sénateur et Stéphane Demilly, député maire d'Albert, tous deux
parlementaires UDF.
Jean-Michel Serres et Christophe Buisset, président et
secrétaire général adjoint de la Fdsea leur ont fait part des nombreuses
incompréhensions des agriculteurs vis-à-vis de la politique agricole conduite
par Bruxelles.
Après avoir reconnu l'intérêt des compromis
communautaires en 2002 sur le financement de la PAC et en 2003 sur la réforme,
Jean-Louis Bourlanges n'en a pas moins admis que ces compromis étaient très
imparfaits, notamment avec le principe du découplage entre l'aide et la
production. "Le découplage ayant le double inconvénient d'être humainement
humiliant pour les agriculteurs et de fragiliser à terme une aide au revenu qui
sera comme suspendue dans le vide".
Remettre à plat la PAC
Jean-Louis Bourlanges s'est
dit également convaincu que la politique agricole de Bruxelles avait atteint ses
limites. "Contestée sur le plan international, elle ne garantit le revenu
que pour quelques années et ne facilite pas les installations des
jeunes
".
Face à cette situation complexe, le candidat aux
européennes a alors suggéré que dans les 4 à 5 années à venir, un gros travail
de réflexion puisse être entrepris au niveau français, voire européen sur les
finalités et les modalités de la PAC. "
Il faut tout mettre à plat et examiner les perspectives que nous voulons...
sans rien laisser dans l'ombre : garantie et équité des soutiens au revenu
agricole, politique des prix et organisation des marchés, liaison entre activité
agricole, préservation de l'environnement et développement rural, valorisation
des productions de qualité, clarification de notre politique à l'égard des OGM,
sécurité alimentaire, politique des structures et installation des jeunes,
relation avec la grande distribution, présence de l'agriculture française sur le
marché mondial et soutien aux agricultures des pays en retard de
développement".
Jean-Louis Bourlanges a conclu son propos en assurant que
cette réflexion devra être conduite en étroite concertation avec les
responsables professionnels.
C'est dans le même esprit qu'une autre rencontre
avec les candidats a été organisée le 28 mai. Jean-Luc Poulain, président de la
Frnbp (1) et Arnold Puech d'Alissac, président de la Frsea
Normandie, ont invité les douze têtes de liste de la région chez un producteur
laitier de l'Oise, Alain Battaglia. Tous n'ont pas répondu à l'appel.
Yves
Butel, président de la Fédération des chasseurs de la Somme, tête de liste du
Mouvement pour la France de Philippe de Villiers et membre de Cpnt (Chasse pêche
nature et tradition) était présent, ainsi que Patrice Hernu, tête de liste de
l'Europe des Nations de Charles Pasqua. Tokia Saïfi (Nord), tête de liste pour
l'UMP, était représentée par Jean-Pierre Kaldairou (candidat pour le Calvados),
et Jean-Louis Bourlanges, tête de liste pour l'UDF, par Marcel Deneux, sénateur
de la Somme. Martine Alvoet et Jean-Michel Serres, président des Fdsea de l'Oise
et de la Somme étaient également présents.
Cette rencontre a été
l'occasion pour les responsables professionnels d'interpeller les candidats sur
les attentes des agriculteurs vis-à-vis de l'Europe.
Rappeler la préférence
communautaire
Pour l'UMP, il est d'abord
important de rappeler que l'Europe technocratique n'existe pas : il y a avant
tout une responsabilité politique, le Conseil des ministres et le Parlement
européen. Les élus doivent donc prendre leurs responsabilités et agir pour que
l'Europe fonctionne mieux là où ça ne va pas.
Yves Butel (MPF) considère que ces sujets
révèlent à eux seuls les défauts d'une Europe supranationale et ultra-libérale :
"il faut réussir à calmer cette Europe qui est devenue boulimique"
. Patrice Hernu juge que plus on ira vers un Etat fédéral, plus on
ira vers des intérêts contraires aux intérêts agricoles français. Pour l'UDF
enfin, il faut reconnaître que la vision agricole française est souvent mise en
minorité en Europe. Ce qui est important aujourd'hui c'est de rappeler les
principes fondamentaux d'une politique agricole européenne et en premier lieu la
préférence communautaire.
Après ces échanges instructifs, une clause
de rendez-vous périodique a été convenue pour faire le point, régulièrement,
avec les élus européens de
lacirconscription.
DANIEL RIGAUX
Laurent Mingam
(1) Frnbp : Fédération régionale des
syndicats d'exploitants agricoles du Nord et du Bassin Parisien (Nord-Pas de
Calais, Picardie, Ile-de-France, Eure, Eure-et-Loire, Aube, Marne,
Yonne).
