"Remobilisons les
agriculteurs sur les enjeux du syndicalisme" a lancé Dominique
Chardon, secrétaire sénéral aux congressistes de la Fnsea réunis au
Grand-Bornand en Haute-Savoie du 30 mars au 1er avril. Face à la mondialisation,
à la nouvelle donne économique, aux diverses attaques, dont la centrale
syndicale paysanne fait l'objet, les responsables syndicaux se sont donnés pour
objectif de "prendre de la hauteur" en
lançant une large réflexion sur les enjeux du syndicalisme de demain. Pour la
Fnsea, il s'agit de renforcer ses liens avec ses fédérations départementales et
plus largement avec les agriculteurs. Dans son rapport d'orientation, la Fnsea
souligne "qu'à l'aube d'une mutation aussi importante que celle des années
soixante, les agriculteurs ont plus que jamais besoin d'une organisation forte
et responsable pour défendre leur revenu, leurs valeurs et leur métier".
L'objectif concret de cette réflexion est de lancer une nouvelle dynamique
d'adhésion auprès des agriculteurs. Pour étayer ce débat, la Fnsea avait convié
plusieurs grands ténors du syndicalisme qui revendiquent une politique
réformiste et constructive plutôt que de contestation systématique : Cfdt,
Cfe-Cgc, Cftc, Cgpme.
Cette revendication du caractère de
syndicats réformistes, donc "engagés dans des négociations constructives",
selon un des syndicalistes, ne pouvait que séduire les militants présents en
nombre dans la salle du Congrès du Grand Bornand."Nous préférons toujours des
partenaires qui sont sur le terrain à des organisations qui réclament de la
justice sur toute la planète mais ne sont jamais là pour négocier" lançait
François Chérèque, secretaire général de la Cfdt. L'allusion aux syndicats
minoritaires de salariés ou d'agriculteurs était claire et elle a d'ailleurs
déclenché un tonnerre d'applaudissements.
Matière à réflexion
Autre tonnerre d'applaudissements, lorsque Roger
Pellat-Finet (Cgpme) constatait qu'il "est plus facile
de démonter un McDo que de construire et produire". Au-delà de ces
propos qui ne pouvaient que conforter la Fnsea dans son rôle de syndicat de
"proposition et d'engagement", ces responsables de syndicats de
salariés ont sans doute donné matière à réflexion à leurs homologues agricoles.
"Les solidarités se déplacent, faisait remarquer Michel
Coquillion, secrétaire général adjoint de la Cftc, et le syndicalisme n'est
plus toujours perçu comme le meilleur lieu de ces solidarités".
Plus de chèque en
blanc
De plus, "en politique comme en syndicalisme, les individus ne
donnent plus de chèque en blanc. Ce n'est pas parce qu'une organisation est
légitime que ce qu'elle fait l'est aussi". D'ou, plus que jamais, le besoin
d'être à l'écoute du terrain et, selon les mots de Jean-Michel Lemétayer,
"avoir un syndicalisme fort de ses adhérents avant tout". Ce qui
n'empêche qu'il y a "des décisions courageuses qui nous coûtent
chers aux adhérents" soulignait Serge Lanteaume (Cfe-Cgc) tout en
étant persuadé, comme les autres, qu'il fallait prendre ces
décisions.
L'indépendance
vis-à-vis du politique
A la lumière de l'amende dont Bruxelles menace
le syndicalisme agricole (du fait de l'accord sur les prix des bovins),
l'ensemble des syndicalistes ont plaidé vivement pour la défense des "corps
intermédiaires", et en particulier des syndicats forts et réformistes selon les
mots de Roger Pellat-Finet (Cgpme). Mais, alors que celui-ci prônait un fort
engagement dans les instances politiques, François Chérèque (Cfdt) démontrait,
l'exemple de son syndicat à l'appui, la nécessité d'une grande indépendance à
l'égard du politique. Un débat qui devait largement évoquer le rôle de la Fnsea
à l'égard du monde politique.
Au moment où nous bouclions ce numéro (mercredi
en fin d'après midi), le congrès était encore en plein travaux, sa clôture
devant intervenir jeudi en fin de matinée en présence du ministre de
l'Agriculture Hervé Gaymard qui a été finalement reconduit dans ses fonctions
Nous reviendrons bien entendu sur la suite et la
fin de ce congrès dans notre prochain numéro.