Bruxelles, le 02 avril 2003
La Commission européenne a imposé aujourd'hui des
amendes d'un
montant total de 16,7 millions d'euros à six fédérations
françaises du secteur
de la viande bovine. Ces fédérations sont sanctionnées
pour avoir pris part à
une entente visant la fixation d'un prix minimum pour
certaines catégories de
viande bovine et la suspension ou, à tout le moins,
la limitation, des
importations de tout type de viande bovine en France. "
Les règles de la
concurrence s'appliquent aussi au secteur agricole comme
cette décision
vient le rappeler avec force. Néanmoins, la Commission a tenu
compte du
contexte difficile qu'a connu le secteur de la viande bovine,
fragilisé par des
crises successives. Elle a aussi pris en considération,
pour ce qui concerne
les abatteurs, le fait qu'ils ont agi sous la contrainte
et la violence exercée
par les agriculteurs ", a dit Mario Monti, le
Commissaire à la Concurrence.
Le 24 octobre 2001, six fédérations françaises sont
parvenues à une entente dans le
secteur de la viande bovine. Quatre de ces
fédérations représentaient les agriculteurs, et deux autres les abatteurs. Aux
termes de cet accord, les fédérations ont fixé un prix minimum en commun. Elles
ont également pris l'engagement de suspendre ou tout au moins de limiter les
importations de tout type de viande bovine.
Cet accord s'est poursuivi
au-delà de la fin novembre 2001, date à laquelle il était supposé prendre fin,
et ce en dépit d'un avertissement de la Commission, le 25 novembre 2001, qui
attirait l'attention des fédérations sur son caractère illégal.
Un accord sur
les prix et une restriction aux importations font partie des violations
les
plus graves du droit de la concurrence.
Il ne fait pas de doute que
les organisations savaient que leur comportement était
illégal. Lors des
inspections effectuées par la Commission en décembre 2001, des
documents ont
été trouvés qui notaient que l'accord était " un peu hors la loi, mais
tant
pis " ou encore " peut-on se serrer les coudes, sans se faire prendre en
faute
par la DGCCRF [les services de la concurrence français] ? ".
Les
amendes imposées par la Commission aux organisations
professionnelles
concernées montrent de façon claire que le secteur agricole
est tenu de respecter
les règles de la concurrence. La réglementation
européenne dans ce secteur prévoit
bien un nombre d'exceptions à ces règles,
mais l'accord en question ne tombe sous
aucune de ces exceptions.
Les amendes
La Commission a infligé les
amendes suivantes :
- Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants
Agricoles (FNSEA) :€12 million
- Jeunes Agriculteurs (JA): €600.000
-
Fédération Nationale Bovine (FNB):€ 1.440.000
- Fédération Nationale des
Producteurs de Lait: €1.440.000
- Fédération Nationale de l'Industrie et des
Commerces en Gros des Viandes :€720.000
- Fédération Nationale de la
Coopération Bétail et Viande (FNCBV) : €480.000
Le calcul des amendes tient compte d'un certain nombre de
circonstances
aggravantes ou atténuantes, qui valent pour toutes ou pour
certaines seulement des
parties impliquées.
Ont été considérés comme des
facteurs aggravants, le fait que trois fédérations
(FNSEA, FNB et JA) aient
été impliquées dans des actes de violence à l'encontre
des abatteurs afin de
les contraindre à conclure l'accord et afin de contrôler et de
garantir la
mise en œuvre de celui-ci. Ensuite, toutes les parties ont poursuivi
en
secret l'accord litigieux après avoir reçu une lettre d'avertissement de
la Commission
et après avoir assuré par écrit que l'accord ne serait pas
renouvelé. Enfin, une des
fédérations agricoles, la FNB (association propre
au secteur bovin), a été l'initiatrice
de l'infraction.
Au titre des
circonstances atténuantes, la Commission est d'avis que le rôle du
ministre
de l'agriculture, qui a fait pression pour obtenir des abatteurs
qu'ils
acceptent de signer l'accord du 24 octobre 2001 et qui a ensuite
qualifié l'accord
" d'acte de civisme ", justifie que les abatteurs
bénéficient d'une réduction
d'amende. Ceci ne s'applique pas aux fédérations
agricoles, dans la mesure où les
manifestations violentes de certains de
leurs membres ont été à l'origine de
l'intervention du ministre. Ensuite, les
abatteurs ont conclu l'accord sous la
contrainte des actions violentes des
agriculteurs, et non de leur propre volonté. Les
abatteurs n'avaient
d'ailleurs aucun intérêt à la fixation d'un prix (d'achat) minimal ou
à la
suspension des importations. Leur intérêt reposait avant tout sur le
déblocage
de leurs sites industriels par les agriculteurs, en contrepartie de
la signature de
l'accord. Enfin, une des fédérations agricoles (FNPL) a joué
un rôle passif dans
cette affaire.
C'est la première fois que la
Commission inflige des amendes à des syndicats
agricoles. La Commission
reconnaît l'importance de la liberté syndicale, mais les
syndicats sortent de
leur mission propre lorsqu'ils prêtent leur concours à la
conclusion et à la
mise en oeuvre d'ententes méconnaissant des règles d'ordre
public, telles que
les règles de concurrence.
A cet égard, il convient de préciser que les
ententes sur prix sont généralement
considérées comme des entorses très
graves à la concurrence et que le montant de
base de l'amende s'élève
normalement à €20 millions que l'on augmente ensuite en
fonction de la durée
et autres facteurs.
Tout en considérant l'infraction comme très grave, la
Commission a tenu compte du
contexte économique spécifique qui, depuis 1996,
a secoué le monde agricole et a
entraîné largement un changement des
mentalités du consommateur et mis l'accent
sur les questions de sécurité
alimentaire. Cette situation tout à fait exceptionnelle a
amené la Commission
à octroyer une réduction supplémentaire de l'amende.
La destination des amendes
Les
fédérations disposent de trois mois pour payer l'amende. Les amendes
sont
inscrites au budget général de l'Union européenne dès qu'elles
acquièrent un
caractère définitif. Le budget global de l'Union étant
prédéterminé, toute recette
imprévue est déduite des contributions des États
membres au budget
communautaire, ce qui bénéficie, en fin de compte, au
contribuable européen.