Patrick Objois, à
Méricourt-sur-Somme. Il nous donne son témoignage.
"Le problème s'aggrave d'année en année. Les
sangliers ne s'attaquent plus seulement aux parcelles de maïs en lisière de
bois. Toutes les cultures sont touchées, et cela, qu'elles soient situées en
bordure de bois ou au beau milieu de la plaine. Blé, pois, escourgeons,
betteraves, maïs, etc. Tout est bon pour satisfaire l'appétit insatiable de cet
hôte peu désirable, et cela malgré la pose des clôtures électriques. Ces
clôtures n'ont d'ailleurs en rien changé les données du problème sanglier. D'une
part, parce ce que leur entretien nécessite beaucoup de temps pour nous
agriculteur. Surtout, quand pratiquement toutes vos parcelles sont clôturées.
Pour moi, cela représente environ 15 kilomètres de clôtures à surveiller. Il est
donc impossible d'être attentif jour et nuit à leur état. Dans ce cas, à la
moindre faille du système - chevreuil qui c'est pris dans un fil, etc. - les
sangliers en profitent pour investir la parcelle et commencer leurs quêtes de
nourritures destructrices. D'autre part, cela complique considérablement le
suivi cultural des parcelles équipées de ce système (perte de temps, bris de
matériel etc.).
Certes ces dégâts sont indemnisés, mais l'indemnisation n'est
pas du tout satisfaisante. Tant par la méthode d'évaluation que pour le montant
de la compensation financière. Car comment voulez-vous juger l'étendue véritable
des dégâts dans une culture avant même sa récolte. Le système actuel nous impose
de déposer notre déclaration 10 jours avant la date d'enlèvement de la récolte.
Alors, parce que l'on aura déposé sa déclaration, les sangliers vont aller comme
par enchantement se nourrir ailleurs pendant les 10 jours qui précèdent la
récolte ? Bien souvent on découvre sur la machine, au moment de la récolte,
d'autres dégâts qui n'ont pas été vus pas l'estimateur.
Enfin, après avoir
estimé de manière approximative ces dégâts, vient le problème du prix. La
Fédération des chasseurs nous indemnise sur la base d'un tarif très inférieur au
prix que l'on aurait pu obtenir en vendant sa récolte à la coopérative ou à un
négociant. Sachant que sur cette somme en décalage avec la réalité économique,
on va encore nous prélever une somme forfaitaire de 5% pour on ne sait quelles
raisons. De surcroît, comme si cela ne suffit pas, on va nous imposer des délais
de paiement à rallonge. On est en face d'un réel problème de surpopulation.
Quant une espèce animale menace tout un équilibre écologique et la pérennité de
certaines exploitations agricoles, il est urgent d'intervenir. Arrêtons les
beaux discours pour des actions concrètes, qui permettront à tous, agriculteurs,
chasseurs et sangliers de cohabiter".
Propos recueillis par Laurent
Janocka
INDEMNISATION / LE PRIX DU BLE FIXE à 61
F/QL
Comme tous les ans, la commission départementale
d'indemnisation des dégâts de grand gibier (1) s'est réunie afin de fixer les
prix d'indemnisation des céréales. En donnant ses propositions de prix, la
Fédération des chasseurs a spécifié qu'il s'agissait de la fourchette maximale
fixée par la commission nationale et qu'elle ne pourrait donc aller outre. Le
représentant de la Fdsea, Gilles Dhiers, s'est tout de suite élevé contre ce
procédé, estimant que les prix proposés ne correspondaient en rien aux cours
réels du marché. "Les prix dictés par la commission nationale ont été fixés le
24 juillet dernier au moment où le marché était au plus bas. Or, depuis les
cours ont fortement progressé", a-t-il argumenté. "La Fédération des
chasseurs se base sur le prix d'acompte, a-t-il poursuivi. Or, chacun sait que
des compléments s'y ajoutent en cours ou en fin de campagne. Depuis quelques
années, ces compléments tournent autour de 10 F le quintal, mais on peut augurer
qu'ils seront plus élevés cette campagne étant donné le faible montant de
l'acompte".
Gilles Dhiers a d'autre part rappelé qu'un abattement de 5% est
pratiqué et que souvent l'agriculteur s'aperçoit au moment de la récolte que les
dégâts sont plus importants que ce qu'il a déclaré. Il a fait aussi observer que
de nombreux agriculteurs ne sont plus indemnisés à cause du relèvement de la
franchise de 150 à 500 F.
Pour toutes ces raisons, le représentant de la Fdsea
s'est donc opposé fermement au prix d'indemnisation proposé. Gilles Dhiers a par
ailleurs déploré que la population de sangliers ne cesse de croître dans le
département et de causer davantage de dégâts. En 1990, les chasseurs ont
prélevé 180 sangliers, dix ans plus tard c'était 1 466 et il est prévu d'en
prélever 2 000 en 2003 ! Dans certains secteurs du département l'équilibre
agro-sylvocynégétique n'est plus respecté.
Face à l'opposition de la profession agricole, le directeur de la Ddaf
a proposé aux membres de la commission de se prononcer par vote. Le prix
de 61 F le quintal a été approuvé à l'unanimité moins une voix, celle
du représentant de la Fdsea.
Odile Dalle
(1) Participent à cette commission : le directeur
de la Ddaf, des représentants de la Fédération des chasseurs, des intérêts
agricoles et sylvicoles, de l'Office national de la chasse et de l'Office
national des forêts.
BAREME DU PRIX UNITAIRE DES
DENREES
Blé tendre 61,00 F - 9,30 euros
Orge de
mouture 55,00 F - 8,40 euros
Orge de brasserie de
printemps 75,76 F - 11,55 euros
Orge de brasserie
d'hiver 59,95 F - 9,14 euros
Avoine 68,88 F - 10,50
euros
Triticale 55,00 F - 8,40 euros
Seigle 55,00 F
- 8,40 euros
Colza alimentaire 137,75 F - 21,00 euros
Colza
diester 131,19 F- 20,00 euros
Pois 82,65 F - 12,60
euros
Féveroles 75,76 F - 11,55 euros
Pour toute autre céréale spécifique, y compris les cultures
"bio", l'agriculteur doit produire le contrat et les justificatifs de paiement
correspondants.