Les dossiers
chauds de l’agriculture française plaidés par la Fnsea
Prix à la production trop bas et hausse des charges
dans l’élevage, compétitivité agricole française à la traîne, distorsions de
concurrence intracommunautaires, discussions sur la PAC d’après 2013, tensions
intersyndicales sur la question des interprofessions ou budget du ministère de
l’Agriculture en demi teinte, les sujets chauds ne manquent pas actuellement
dans l’agriculture. Le 12 octobre, la Fnsea a rencontré les parlementaires,
députés et sénateurs, pour faire valoir ses positions sur ces sujets, et ses
attentes dans les débats législatifs actuels et futurs. Et c’est d’abord la
conjoncture qu’a voulu aborder son président, Jean-Michel Lemétayer, face aux
élus de la Nation. La situation est extrêmement difficile pour les producteurs
de bovins viande et porcins, victimes d’une sous-valorisation des produits
animaux. Les agriculteurs dénoncent parallèlement l’accroissement permanent des
marges de la distribution sur le dos de ses fournisseurs, qui signerait l’échec
de la LME (Loi de modernisation de l’économie). Selon le président de la Fnsea,
si le prix du porc à la production vient encore à baisser, cela va provoquer la
faillite de 20 à 30 % des producteurs. Ensuite, si la conjoncture est un peu
meilleure en viticulture et pour les fruits et légumes, la Fnsea insiste sur le
manque de compétitivité de l’agriculture française (industries de première
transformation comprises) par rapport à ses voisines comme l’Allemagne,
notamment sur le différentiel de coût du travail.
Pragmatisme sur l’environnement
Côté européen et à la veille d’une communication de
la Commission sur les priorités de la future PAC d’après 2013, la Fnsea a
rappelé aux parlementaires français l’urgente nécessité d’une régulation des
marchés agricoles par l’UE afin de contrer la volatilité des cours. Les prix des
céréales ont à nouveau flambé cet été. Jean-Michel Lemétayer attend aussi des
régulations sur la spéculation à l’oeuvre sur les marchés à terme de produits
agricoles. Concernant les aspects environnementaux, la Fnsea a épinglé avec
ironie la récente cacophonie gouvernementale en matière de mesures
environnementales. Elle demande du pragmatisme pour éviter de nouvelles
distorsions de concurrence entre Etats membres, "sans renier les engagements
pris dans le Grenelle de l’Environnement". Bruno Le Maire a plaidé récemment
pour une pause dans ces mesures, la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal
Jouanno, rejetant dès le lendemain cette perspective… Au sujet des OGM, la Fnsea
considère que laisser les Etats membres décider des autorisations de mise en
culture équivaut à "mentir aux producteurs et aux consommateurs", puisque les
produits à base d’éléments génétiquement modifiés continueront de circuler
librement dans l’Union. Le syndicat agricole veut l’énonciation de "règles
politiques claires". Enfin, la Fnsea attend le décret sur l’autorisation des
camions de 44 tonnes pour le transport de produits agricoles. Annoncée avant
l’été par Nicolas Sarkozy, cette disposition répond favorablement à une demande
du syndicat agricole.
Budget "en trompe-l’oeil"
Concernant le projet de loi de finances (PLF) 2011,
dont l’examen parlementaire a débuté le 18 octobre, pour un vote solennel sur
l’ensemble du texte programmé le 17 novembre, la Fnsea déplore plusieurs points.
Les plans de développement de filières, annoncés par le ministre de
l’Agriculture en septembre, sont financés au détriment ou en remplacement
d’autres actions relevant du budget du ministère de l’Agriculture. Il s’agit
notamment du soutien à la présence française à l’export ou de l’appui à la
modernisation des exploitations. La Fnsea parle ainsi d’"une hausse en
trompe-l’oeil des crédits de paiement pour 2011 dans ce budget. Elle regrette
aussi le transfert de la génétique animale vers le CASDAR (Compte d’affectation
spéciale du développement agricole) qui réduira les financements sur la
recherche appliquée et au service du développement agricole". De plus, la Fnsea
dénonce le manque de lisibilité sur les tarifs d’achat de l’électricité
photovoltaïque, après leur baisse récente décidée par l’Etat. Le syndicat
organise d’ailleurs un Colloque sur l’énergie photovoltaïque en décembre
prochain.
Nouveau carburant
agricole
Toujours dans le cadre du PLF, Jean-Bernard Bayard,
secrétaire général adjoint de la Fnsea, a réclamé devant les parlementaires la
reconduite en 2010 de l’exonération de la TIC (Taxe intérieure de consommation)
et de la TICGN (sur le gaz naturel), "afin de compenser les surcoûts liés à
l’introduction du nouveau carburant agricole et d’intégrer de façon pérenne le
remboursement de TIC" pour ce carburant. Pour être en conformité avec la
directive communautaire "Qualité des carburants", un nouveau carburant va
remplacer le fioul domestique jusqu’alors utilisé pour les engins agricoles.
Mais ce changement va générer des surcoûts pour les exploitations : nettoyage ou
changement de cuves, stockage plus onéreux, additif nécessaire contre le froid,
etc. Enfin, la Fnsea milite pour la reconduite du crédit d’impôt au titre des
dépenses de remplacement d’un exploitant. Elle réclame aussi la création d’un
régime de faveur des fusions pour les sociétés agricoles soumises à l’impôt sur
le revenu.
Financement de la branche vieillesse : de
grosses attentes
L’examen du PLFSS 2011 (Financement de la sécurité
sociale) débute le 27 octobre et sera voté le 2 novembre prochains. Le sujet
majeur pour la Fnsea est celui du financement "pérenne" de la branche vieillesse
de la protection sociale des non salariés agricoles, donc du régime de retraite.
Seul un réaménagement à la hausse du plafond d’emprunt a été décidé par la MSA
pour financer le déficit de ce régime (près de 1,4 milliard en 2011), passant de
3,2 en 2010 à 4,5 milliards d’euros l’an prochain. La Fnsea attend, elle, une
source de financement digne de ce nom. Par ailleurs, la Fnsea formule trois
propositions pour permettre aux exploitations d’être plus compétitives : une
option annuelle basée sur l’année N pour l’assiette des cotisations sociales des
exploitants, une réforme du mode de financement de la protection sociale grâce à
une "TVA sociale" et la suppression de 800 SMIC en assurance
maladie.