Le faux débat
La loi sur les obtentions végétales vient d’être votée, et notre profession se voit entraîner dans un faux débat sur les semences de ferme. La loi a reconnu les semences fermières qui se pratiquent généralement. Elle les a étendues à toutes les productions, y compris celles des Cipan dont nous avons de plus en plus besoin. Cependant, pour les variétés les plus récentes qui sont protégées, elle introduit une forme de contribution à la recherche. Taxe inutile, entrave à la liberté diront certains. Raisonnons par l’absurde : serions-nous au même niveau génétique avec une obligation de semer de la semence certifiée ? Techniquement, peut-être, mais avec quel coût et quelle dépendance, difficile à dire. Et à l’inverse, serions-nous au même niveau avec uniquement des semences de ferme, et de la recherche publique ? Nous serions libres certes, avec un coût de semence plus faible, sans doute, mais notre assolement en blé se serait arrêté au "Fidel", une des dernières variétés sorties de l’Inra, et qui a sombré à la fin des années 1980 pour sa sensibilité aux maladies… La loi cadre les choses : quelle que soit la pratique de l’agriculteur, son investissement pour l’avenir est le même. Si la liberté, c’est d’avoir pendant vingt ans les variétés de nos prédécesseurs, alors oui, la loi est mauvaise. Mais, pour ma part, mon ambition est de voir nos successeurs plus performants que nous le sommes, et dans ce cas, la loi est responsable.
Laurent Degenne, Président de la Fdsea